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"Et si on faisait des bébés bio ?"

Le fœtus, un être vivant qui se construit dans le lien.

Pierre Bergé affirmait que le ventre des femmes doit se louer comme les bras des ouvriers, c’est également ce que revendiquent les partisans de la GPA. Les mères, mais peut-être est-il démodé de les appeler les mères, sont désormais considérées comme des « porteuses de fœtus » c’est-à-dire des machines à fabriquer des bébés et rien de plus. C’est bien méconnaître les lois du vivant et être dans le déni du lien mère-enfant qui se crée dès le début de la conception. Un enfant ne se fabrique pas comme on fabrique un objet, sa conception échappe à aux lois qui régissent la consommation. Oui, il y a du sens à donner à la gestation, il ne s’agit pas d’une histoire de transaction mais de la formation d’un être vivant dans l’utérus maternel, n’en déplaise à certain. L’enfant à venir n’est pas un arbre qu’on va déplanter pour le replanter ailleurs sans tenir compte de ses racines. La mère biologique a un impact primordial dans l’étayage des fonctions psychiques du fœtus par le lien affectif qu’elle va créer avec lui. Si la mère se considère  juste comme un ventre, quel lien peut-elle créer avec le bébé et quelle sera la qualité de la relation mère-fœtus ? La conception d’un enfant est une mystérieuse alchimie avec des échanges biologiques,  psychiques et émotionnels qui s’opèrent  au sein du corps de la mère. Des études très sérieuses (notamment une menée par 2 chercheurs de l’Université de Rennes) nous ont apporté la preuve que les émotions et l’état psychologique de la maman ont un rôle prépondérant dans le processus évolutif du fœtus. In utéro, l’embryon se développe grâce à ce lien tissé dès la conception. Dans le cadre de la GPA, la  mère a été payée pour porter la vie sans s’intéresser le moins du monde à elle pour ne pas s’y attacher. C’est une terre d’accueil sans accueil. Peut-on envisager la  transmission de la vie par de tels procédés sachant que le fœtus à venir a besoin d’un dialogue constant avec sa mère pour se construire ? A-t-on le droit de concevoir des enfants dans une niche sensorielle froide, alors que le bébé devra affronter, à sa naissance, l’abandon ? C’est la double peine, celle de la conception sans amour et celle de l’abandon, de la coupure radicale d’avec l’origine, et c’est sans compter les questionnements à venir sur le lien de filiation, de l’appartenance et bien sûr celui de l’intégration de l’enfant dans la chaîne généalogique.

Aujourd’hui, nous devons donc jeter à la poubelle Bowlby, Winnicott, Dolto mais également les fondateurs de la science haptonomique qui depuis des années nous enseignent que l’affectif doit être nourri et que le dialogue et l’interaction entre mère-enfant sont les fondements d’un bon équilibre, donnant au bébé une profonde « sécurité de base ».

La dignité du fœtus passe par l’amour et l’attention qu’on lui porte, c’est ainsi qu’il pourra se développer harmonieusement.  Une femme qui marchande son ventre dans l’esprit de donner son bébé après la naissance ne rentrera pas en relation car la séparation serait alors bien trop douloureuse. On ne peut pas lui demander d’investir sa grossesse et d’aimer un bébé qu’elle ne désire pas. Son rôle est mécaniste, elle s’en tient à porter l’enfant qu’on lui a commandé, ce qui ne présente pas un terreau favorable au  développement de l’enfant à venir et de l’etre vivant qu’il est. La vie in-utero et le lien mère-enfant se crée alors que l’embryon ne mesure que quelques centimètres, s’engage alors un dialogue permanent entre la mère et le fœtus.  Une connection se créé dès le début de la grossesse et dès la huitième semaine, le fœtus devient progressivement sensible à ce qu’on lui transmet. Il peut recevoir et interpréter les émotions de sa mère par des hormones mais également par la voie du placenta qui est « connecteur ». Les humeurs et les émotions de la maman vont alors jouer un rôle essentiel. Catherine Dolto nous révèle, lors d’une de ses conférences sur l’haptonomie, que lorsque la mère « est chez l’enfant », il y a chez le fœtus, une réaction, un changement de tonus, à travers la chair, il y a du sens qui s’inscrit dans la vie du fœtus. Pour Jean-Pierre Relier, l’un des grands spécialistes français de la néonatologie, « le fait de penser à son enfant a des conséquences physiques sur lui. Et le bon développement du fœtus dépend de l’attention que sa mère lui porte, ainsi a-t-elle un pouvoir de protection sur son enfant, en pensant à lui et en lui parlant par la pensée ».

Dans le contrat passé entre la mère porteuse et le futur ou les futurs papas, sera-t-il précisé que la mère doit diriger toute son attention vers le fœtus ? et quand bien même ce serait précisé, la mère porteuse ne le pourrait pas car cela l’obligerait à changer de statut, passant de mère-porteuse à mère tout court. Pourtant, la communion entre la mère et le fœtus est unique dès le cinquième mois de la grossesse. La question se pose donc : est-il éthique de mettre au monde de futurs êtres humains conçus dans de telles conditions d’indifférence et d’inhumanité ? La mère porteuse se doit d’être indifférente afin de ne pas subir l’accablement dû au profond déchirement de l’abandon, or le fœtus mémorise les stimuli et les ressentis de celle qui le conçoit. Si le bébé ressent de l’indifférence et s’il comprend que sa mère n’est pas là pour l’accompagner mais juste pour le fabriquer, alors comment peut-il se développer harmonieusement ?  Et quelles sont les conséquences sur sa personnalité à plus long terme ?

On ne saurait aborder juridiquement la GPA sans tenir compte de tous ces paramètres humains. La science a rendu possible la fabrication de « matériau humain », c’est donc le moment parfait pour méditer une fois encore la célèbre phrase de  Rabelais « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme » avant de s’engager dans cette direction. L’homme pense qu’il a droit à tout ce que la science rend possible et qu’elle doit exaucer le moindre de ses désirs. Il ordonne et la science n’a qu’à exécuter, il « oublie » pour avoir accès à son désir et ne respecte pas le « principe de réalité » qui selon Freud, consiste à prendre en compte les exigences du monde réel et la conséquence de ses actes.  Au nom d’une « pseudo modernité », l’homme est capable d’occulter l’essentiel et de se persuader que l’enfant naît dans une pochette surprise que l’on peut acheter. Son aveuglement lui fait oublier que la vie est sacrée et qu’elle ne se marchande pas. 

Nul ne peut contester l’authenticité du désir d’enfant chez les couples hétérosexuels ou homosexuels, mais quels que soient le degré et l’intensité de l’amour qu’ils porteront au nouveau-né « d’autrui », vite aimé par eux, ce nouveau-né « d’autrui » restera un vétéran  de 3 arrachements ou manques. La force de l’amour et le talent rhétorique ne peuvent effacer cette simple réalité, nichée au cœur de l’humanité. Et non, il n’est pas résolument moderne de le nier, ni profondément ringard de le rappeler.